Faux Ferocious : L’Amérique n’est pas (encore) morte

Si le pays de l’oncle Sam nous a prouvé une fois de plus que sa capacité à faire du pognon est inversement proportionnelle à son quotient intellectuel, il n’en reste pas moins une terre de (bonne) musique. L’Amérique n’est pas morte, elle bouge encore, tout ça grâce à un vieux fils immortel : le Rock’n’roll, qui renaît une fois de plus de ses cendres avec Faux Ferocious.

 

faux ferocious

L’enfance de l’art. Comme on peut le voir sur des vidéos Youtube dont la qualité sonore est inversement proportionnelle à la grinta dont ils font preuve, les gars de Faux Ferocious jouent ensemble depuis quelques années maintenant dans toutes sortes d’endroits bizarres Un mini-film de 2010 disponible en accès libre sur la méga plateforme mondiale d’échanges d’informations prophétisée par quelques hippies défoncés dans les années 70 les montre même aux prises avec leurs instruments au beau milieu de ce qui ressemble en tout point à un parking. Un parking vide, où le groupe s’amuse en compagnie de quelques potes. Pas d’enregistrement, pas de calcul, pas de studio, pas de prise de tête sur le nom des chansons. Pas même de public.

On a tous fait ça pour l’amour de l’instant, de la jam’ et du partage avec les potes. Les Libertines ont commencé comme ça en faisant des concerts improvisés dans leur piaule, foutant d’ailleurs un bordel monstre qui n’a pas du vraiment plaire aux voisins. Le Velvet aussi a fait ça durant des jours dans ce simili-squat du Lower-East Side new-yorkais où se retrouvait régulièrement toute la mauvaise graine artistique de la ville sale et blanche. Sans vouloir vous raconter ma vie, j’ai moi-même participé à un bon nombre de soirées privées dans Paname où des groupes dont la moyenne d’âge dépassait rarement les 20 piges se faisaient la main au milieu des vapeurs de whisky et d’énormes nuages de fumées cannabiques qui nimbaient les dits musiciens dans un flou artistique surréaliste, le tout avec des sweet little sixteen en chaleur. Ou comme le résument très justement Joseph Ghosn et Philippe Azoury dans leur bio sur le Velvet : « c’est le principe depuis le début, jouer, jouer tout le temps, nuit et jour, jouer jusqu’à en oublier les principes mais pour que quelque chose remonte à la surface ».

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La base de la base : The Velvet Underground

Mais tout ça n’a qu’un temps, et les années qui suivent sont décisives. Si certains se résignent à ranger leurs guitares dans des placards où elles prendront la poussière durant des années, d’autres concrétisent leur jeunesse fougueuse et désorganisée par l’enregistrement d’un premier disque. Comme vous l’avez compris et comme je ne taperais actuellement pas sur mon clavier si ça n’était pas le cas, les Faux Ferocious font partie de la seconde catégorie. Deux albums sortis coup sur coup fin 2015 et qui condensent en un peu moins de 50 minutes le meilleur de leurs quelques dix années à jouer dans des fermes, des garages et des bars miteux. Comme souvent pour les premiers du nom, l’album s’appelle « Faux Ferocious », comme le groupe quoi. Le second est plus prophétique, « Blues Legends ». La légende est en marche.

L’essence même. Un groupe de quatre gus qui nous vient tout droit de Nashville « Music City », un point bien connu dans la géographie de la rock culture comme étant un repère de vieux chanteurs de country alcooliques façon Jeff Bridges dans Crazy Heart. Et en attendant de bouger notre cul sur place chez les Rednecks qui ont voté Trump en masse pour voir ce qui s’y passe, direction Myspace.

« it’s cool to be a rock & roll band »

Si un nombre toujours plus grand de tags est là pour nous renseigner sur l’esthétique du groupe au cas où on aurait pas compris tous seuls comme des grands de quoi il s’agit, tags par ailleurs ajoutés par le groupe lui-même tels que stoner, psychedelic, punk rock, garage, j’en passe et des meilleurs vous les connaissez déjà tous, je vais essayer de vous simplifier tout cette branlette sémantique en un seul mot. Comme le faisait ce bon vieux Ernest Hemingway un verre de bourbon à la main, tentons de rester concis. Attendez que je décapsule ma pinte de 1664. Et (roulement de tambours) le grand gagnant est le mot.. Rock & Roll. Vous voyez de quoi je parle. La racine mère, le tronc même d’où partent tous ces petits branchages des plus grands aux plus petits, des niches aux sous-sous-sous niches. Le tronc père, celui qui les a tous enfanté, celui qui était là en premier et que j’aime a réutiliser quand je tombe sur un groupe qui réussit à taper en plein dans le mille. Les gars le disent eux-mêmes sur l’explosive Beaumont : « it’s pretty cool to be a rock & roll band ». Et il y en a du rock & roll dans cette chanson, putain. Mais de quoi s’agit-il, au juste ?

 

Il y a là toute la violence primitive du Velvet Underground, ce son de guitare brut qui paraît tout juste sorti du four, cette science du riff’ qui fait mouche et ce phrasé vocal tantôt vénèr tantôt nonchalant ou les deux à la fois repris par les meilleurs groupes de post-punk qui nous font dire que ces petits gars là ont absolument tout compris. La batterie n’en fait jamais trop, elle est juste là pour te botter le cul comme il faut, avec sa copine la basse en renfort qui met du carburant dans la locomotive. Ici pas de fioritures de studios ou d’arrangements baroques mais une science de la simplicité assumée qui nous rappelle aux meilleures heures du wok’n’woll, des papas Lou Reed et Marc Bolan en passant par tous les enfants du punk et du post-punk qui sont venus après. Ouais parce que y’a aussi du glam’ sur Right On Track et son petit riff’ de guitare sexy et sautillant en diable qui n’est pas sans rappeler le déhanché parfait de feu Ty Rex. On a aussi droit au pétard punk de 1mn avec Let Me Get In Your Head qui nous rentre bien dans le crâne. Pour vous épargner les mots foireux et parque vous le valez bien, voici maintenant une liste de toutes les petites bombes R&R crées par le groupe et à écouter ici : Billy ; Nowhere To Go ; Vicious Grin ; Feeding Frenzy ; Listen Hard ; Town To Town ; Allison and Nick ; Beating In My Head. Le temps pour moi de faire retomber la pression avec School Dates, la plus gentille de toutes et la chanson parfaite pour draguer la reine du bal’ à ta teuf’ de fac’ de fin d’année. Bon je vous ai cassé les couilles avec l’histoire des styles mais il faut quand même que je vous dise que les gars trempent aussi leurs guitares dans la marmite du rock psyché sur Kawasaki Dreamin‘ (une histoire de rêve, forcément..) et Hey Son, et flirtent effectivement avec le krautrock sur la névrotique Who I Become. On n’en ressort pas indemne, non. Les mecs ne se prennent pas pour Mozart mais font le boulot comme des grands chefs. Et laissez moi vous dire : ça swingue dans ma chambre d’étudiant fauché ce soir avec mon verre de gin to’ à la main. Putain ça swingue. Et les paroles elles parlent de quoi ? « Go in the back and do some coke » ou encore « there’s easy money selling weed ». Ah ok d’accord, très bien.

Dans l’actualité. Après avoir sorti en 2016  “Cloning the Rubicon”, un disque qui compile leurs meilleurs sons parus entre Burger Records et Infinite Cat Records depuis les débuts en cave en 2012, ils ont sorti y’a pile poil 1 an un EP 3 titres de 12 minutes bien nommé “12”” sur Drop Medium, un label new-yorkais spécialisé dans la découvertes de pépites provenant du fin fond de l’Amérique. Avec, en prime, un clip pour rigoler un peu, visible ci-dessous, sorti dans la foulée en juillet 17. Voilà pour l’actualité. Et maintenant, ils n’attendent plus que toi : « i gotta make some money ».

Faux Ferocious // “12”” // Drop Medium Records (NY)

https://dropmedium.bandcamp.com/album/12-2

Le reste des sons écoutables ici

 

 

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