L’Australie froide : sous la plage, les pavés

A l’ère de l’internet où tout est disponible en instantané sans bouger de son canap’, un jeune blanc-bec d’une vingtaine d’années décide de balancer toutes ses économies dans un road-trip initiatique à la conquête de l’Australie déviante. Plongée en 40 000 signes dans l’Autre Australie, celle du punk rock, des concerts bruyants et des bleds paumés, bien loin des plages sans fin et des « working-holidays » à la mode.

A la conquête de l’est. Septembre 2016 : Viktor Bayart décide de claquer toute sa paye dans un voyage initiatique à la conquête de l’est. Cap sur l’Australie : « ça fait 5 ans que t’es avec ta copine, tu te pacs machin, tu récupères du pognon parce que le smic ça suffit pas pour partir au bout de la planète.. Tu réfléchis à une destination.. ». La réflexion est vite faite, notre homme ayant été contaminé par le virus du kangourou très tôt: « j’avais 8 ans quand mon père m’a promis un vol avec le 747 de Kantas ». Avant de plonger la tête la première, quelques dix années plus tard, dans la scène australienne rock et punk : « c’est complétement maladif». Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si le jeune patron du tout aussi jeune label Buddy Records s’embarque en cette fin 2016 dans un road-trip musical à l’autre bout de la planète : « j’y vais surtout pour la mozik, tendance post-punk’, avec cette volonté de creuser encore plus la scène australienne ». Une aventure qu’il me raconte quelques mois plus tard, de retour en son pays, pendant que les souvenirs sont encore bien frais. L’occasion pour moi, et surtout pour vous d’aller voir un peu plus loin que les sempiternelles clichés australiens. A savoir : le surf’, les couchers de soleil Windows, les workin’ holidays dans les champs, les road-trips en vans qui se terminent en partouze, Jason Mraz, sans oublier bien sûr Tame Impala. Comme vous ne vous en doutiez peut-être pas, il existe une autre Australie. Une Autre(stralie) si vous me permettez le jeu de mots foireux, qui fait du bruit en silence et qui ne chante pas forcément la vie de rêve au bord de la lagune de Byron Bay. La preuve en 40 000 signes pas chiés avec une pendule en écoutant de la musique de plage.

" ramener des trucs complètement
insensés "

Sur les traces de New Rose qui a fait découvrir à son époque les Saints et le Gun Club (USA) à l’Europe, il a déjà sorti quelques raretés australiennes et veut concrétiser avec ce voyage cette noble mission, tout en se faisant plaisir : “il y a ce côté chercheur d’or, mais c’est aussi un plaisir égoïste”

Vivre le truc, sans relai instagram ou blog à la con: « vivre le truc là-bas, par exemple ne pas prendre de photos de concerts, juste vivre le truc, un plaisir égoïste.. ». Bon vivant prêt à en découdre avec le bitume et la biture, il ne part pas pour autant à l’improviste au petit bonheur la chance. Bien décidé à revenir à la maison avec un sac de courses discales rempli à ras-bord, il potasse depuis bien longtemps son sujet, toujours plus alors que la date du vol approche : « c’était déjà une espèce d’obsession, et dès que le voyage s’est décidé genre 6/7 mois avant je me suis dit ‘creuse encore plus’ comme ça tu vas ramener des trucs complètement insensés.. ». Ramener des trucs obscurs inconnus au bataillon donc, ce qui n’empêche absolument pas de se laisser tenter par des trucs déjà connus en Europe : « que ça soit des trucs que les gens connaissent en Europe, pourquoi pas, il faut promouvoir cette scène australienne un peu en marge.. ». Sorte de réincarnation moderne de l’ethno-musicologue Alan Lomax, Viktor Bayart est aussi un mec honnête : «le but c’est avant tout me faire plaisir, de faire plaisir à mon cercle d’amis proches, et pi’ ouais de ramener des pépites, des K7, des Cds, des clés USB remplies de son.. ».

En bon chercheur qui s’ignore, Viktor a déjà bien préparé le terrain sur lequel il s’apprête à poser le pied, avec une liste de groupes australiens déjà presque aussi fournie qu’une barbe de hipsters: « Kitchen’s Floor sur Brisbane, c’est du post-punk un peu lo-fi quand il joue en groupe, et de l’anti-folk tristounette quand il est tout seul.. ». Avec en spécialité le post-punk : «Constant Mongrel sur Melbourne qu’est du post-punk très carré […] aussi les trucs des années 80 avec Systematics, Division Four, des trucs de mecs qu’ont sorti un LP ou un 45 et basta’.. ». Sans oublier la musique expérimentale et inclassable, consanguine de la punk music : « aussi pleins de groupes expérimentaux comme Cured Pink.. des trucs complétement malades». Tout comme son idée un peu folle d’aller à la rencontre des groupes punks australiens à l’autre bout de la planète, les mecs qui l’intéressent sont des mecs qui vont jusqu’au bout des choses : « des mecs qui vont à fond, pas pour la hype machin.. Ils vivent dans des taudis. Leur taf’ si ils en ont un est purement alimentaire, c’est uniquement pour se payer un Tascam et enregistrer à la maison […] des types entiers, ils jouent h24 ». Et tout comme notre ami obsédé d’Australie, notre sujet d’étude est aussi quelque chose de très sérieux : « le son Lo-Fi c’est pas « je gratouille et je m’enregistre avec mon dictaphone », ça c’est un mythe.. C’est du travail alors quand tu veux en faire, tu bosses. Le son crado, c’est du boulot aussi ».

Aussi courageux soit-il, le jeune prospecteur post-punk ne va pas y arriver tout seul. Et pour partir à la conquête de l’Australie déviante, quoi de mieux qu’un chanteur punk local reconverti le temps d’un automne en guide touristique pour européen curieux ? « J’ai rencontré rencontré Matt Kennedy il y a quelque temps déjà, il m’a aiguillé sur pas mal de groupes de chez lui.. Avant il jouait dans Meat Thump un groupe expérimental qui allie post-punk avec de l’anti-folk, un truc un peu crado, et puis il a monté Kitchen’s Floor en 2006 ». Kitchen’s Floor, un groupe qui va s’avérer fondamental dans sa conquête de l’est du rock’n’roll : « le groupe pivot qui va me permettre d’aller voir d’autres trucs sur Brisbane ». Et pour donner corps comme il se doit à cet échange de bons procédés, Viktor ne compte pas arriver les mains vides : « on a sorti son groupe avec Buddy Records en K7 avec les “Adelaide Sessions”, et je lui ai promis de lui amener les K7 en mains propres ». De là à traverser la moitié de la planète il n’y a qu’un pas, que nous allons franchir ensemble tout de suite maintenant. Accrochez bien votre ceinture et pensez à mettre vos téléphones en mode « Avion », le Boeing 747 va partir. Prochain arrêt : Melbourne.

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«See, Sex and Lo-Fi»

A quoi reconnaît-on un long voyage ? Tout d’abord, une impression étrange : « tu pars le matin il fait jour, t’arrives là-bas il fait jour ! ». Ensuite, des besoin vitaux qui te prennent à la gorge: “quand t’arrives le premier truc que t’as envie de faire c’est de taper une bonne bière locale” . J’aurais pas dit mieux, tout comme la phrase qui suit qui nous rappelle qu’il n’y a pas une façon de voyager, mais de multiples façons de voyager, donc celle-ci : « Pas un voyage grandes villes, pas rester une plombe à Sydney, aller dans les petits bleds, être chez les gens ». Un voyage Lo-fi donc, comme la musique qu’il vient chercher, sans oublier l’amour : «c’est un voyage d’amour avant tout, on part avec ma copine et on veut avoir le sentiment d’être au bout du monde ». Obsédé de post-punk égoïste mais pas que, et faut croire que les deux peuvent aller ensemble : «faire découvrir des trucs cinglés à mon amour».

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Polyester Records à Melbourne, où il trouve plus de skeuds de garage frenchie qu’australien, pour le gros lol

Bien arrivés à destination, la première chose que les amoureux découvrent est que la bouffe australienne est « dégueulasse ». Si l’acclimatation culturelle est plutôt mal partie, la présence d’une graine noire va remettre toute suite les pendules à l’heure : « une culture café assez incroyable ». Drogués au café comme les parisiens, d’ailleurs Melbourne n’apparaît pas si différente de Paris : « y’a du monde partout, des trucs ouverts toute la nuit pour boire », avec même les quartiers hipsters : « Fitzroy et Colingwood, 2 quartiers cools ». Quartiers hipsters oblige, même le disquaire a un nom de hipster. Attention tenez-vous bien : « Polyester Records », s’il vous plaît. Heureusement ça n’est qu’un nom, et Viktor nous rassure tout de suite: «juste des types cramés de musique », l’énorme comble étant qu’en lieu et place des vinyles australiens qu’il vient chercher, il ne trouve que des disques français : « j’ai trouvé des disques de Feeling Of Love, le 1er JC Satan ! Par contre sur les 10 groupes locaux que je cherchais, j’en ai trouvé que 3 ! .

Après les boutiques, direction les salles, et visiblement y’a de quoi faire dans la métropole du sud-est australien : « des concerts tous les soirs, Melbourne est réputée pour avoir une énorme activité musicale ». Par contre niveau orga les mecs ne se cassent pas trop la tête et montent des concerts punks un peu n’importe où: « le Toat est un restau très bourgeois bohème et en fait la salle de concert est à l’étage […] et là je découvre Jackson Briggs and The Heaters.. J’étais complètement halluciné de voir un concert aussi fort dans un endroit comme ça ». Premier concert et première claque, la conquête de la scène punk australienne commence littéralement pied au plancher: “y’a pas de limiteurs donc ça joue très fort, le plancher tremble avec la sensation de passer à travers le truc”.

Sur la route toute la (mal)sainte journée. En voiture maintenant, dans un bon gros 4×4, à toute berzingue sur la côte : « la bas c’est pas beauf, c’est pas mal vu ». Première étape dans la cambrousse au bord de la mer sur la presqu’île de Philip Island, et première improvisation réussie: “on savait pas où passer la nuit, on tombe chez une petite grand-mère, Margaret, dans une baraque au bord de la mer […] on a parlé de mai 68, elle nous a parlé des trucs aborigènes, elle fait partie des gens qui reconnaissent cette histoire très dure : elle allait dans les réserves en sillonnant le pays étant jeune et elle nous a servi le meilleur petit dèj de tout le voyage». Sous la plage, les pavés, avec une rencontre pas prévue par Doodle et des personnages sortis de nulle part qui font du bien à nos jeunes gens modernes déprimés par les automatismes et les cahiers des charges qui ne laissent pas de place au funk.

Ni une ni deux, notre convoi exceptionnel repasse la sixième et déboule en plein Bush local, avec des bleds paumés et des stations essence qui sentent bon l’huile de vidange cramée par le soleil: « des centaines de bornes sans croiser personne […] des petits bleds avec des noms tropicaux […] des rednecks qui écoutent de la country en t’insultant de « bouffeur de grenouille », très cliché mais sympa, tu bois des coups avec des mecs que tu reverras jamais ». Un jeune blanc-bec heureux d’être paumé au fin fond de l’Australie avec des gros beaufs, une bouffée d’air frais venant de notre capitale branchée progressivement vidée de ses couillons joufflus avec cette saloperie de gentrification. Le tout avec 2 playlists spécial Australie préparées à l’avance sur l’Ipod, bande-son idéale d’un voyage mythifié à la conquête de l’Est de la rock culture : « les Bonniwells, c’est le bassiste des Ausmuteants […] du garage enregistré dans un salon avec un Tascam ; Kitchen’s Floor en boucle, tout excité que je suis avant de rencontrer son leader Matt Kennedy à Brisbane ». Et puis de la folk américaine bien sûr, et ses refrains rustiques taillés pour les périples post-kerouacien On The Road : « tu mets tes écouteurs en regardant le paysage défiler ».

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Un paysage magnifié qui peut à tout moment se transformer en bad-trip comme dans la fin du cultissime « Easy Rider » : « tu t’imagines des trucs dégueulasses qui ont pu se passer sur le bord des routes, parce que les australiens sont quand même bien tordus et souvent alcooliques ». Et ils ne sont pas les seuls, nos larrons français arrivant justement dans une région viticole. Idéal pour picoler en toute tranquillité, avec autre chose que de la bière cette fois: «le vin est moins cher que la bière, qui la plupart du temps est dégeu, pourtant les australiens en boivent des litres, comme de la flotte ». Retour au vin pour le jeune frenchie, qui débusque une petite entreprise viticole avec dégustation offerte: « une petite biture peinard à parler de trucs complément absurdes».

Des trucs absurdes comme la météorologie local, notre fan’ de rock étant reconverti le temps d’une cuite en « Philippe Verdier du garage » selon ses propres termes. Où l’on apprend aussi que ce savoir-faire viticole australien ne vient pas vraiment de nulle part : « le Patriarche de l’exploitation nous a raconté qu’il était allé 3 mois dans le Bordelais dans les 70’s pour voir comment on fait du vin ». Malheureusement on ne devient pas forcément champion en observant d’autres champions : « un vin aussi bon que toutes les merdes qu’on vend chez Leclerc ». Après cette grosse cuite en terre australe qui confirme que nos camarades kangourous ne nous arrivent pas non plus à la cheville en terme de vin, Viktor débarque dans un paysage qui présage bien des découvertes sonores malsaines à venir : « un parc national dévasté par une tempête quelques jours avant, tu sens la violence ». Arrêt obligé aux stands, dans une ambiance post-apocalyptique : «en pleine nature, au milieu de nulle part ».

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      "Improviser et pas savoir ce qu'il y aura au milieu"

L’improvisation au pouvoir, il n’a pas oublié : « on avait pas de GPS, simplement un point de départ et un point d’arrivée à chaque fois, avec l’inconnu entre les deux ». Avec, là encore, une BO de circonstance : « Post-punk, post-punk, post-punk.. Constant Mongrel et des trucs plus sombres des années 80 comme Sunday Painters, grand groupe australien ». De la route, de la route, de la route, le Pays faisant 20 fois la taille de la France, avant d’arriver à Sydney, la plus grande ville qui n’est pas la capitale contrairement à ce que le pékin moyen pense (Canberra, NDR), et où notre ami déchante, comme prévu, rapidement: « très cher : une auberge de jeunesse où l’on est mal accueilli » Avant de retrouver la lumière dans le borough de « Newtown »: pas nouveau pour un clou, ce quartier s’avère en revanche être un repère d’anarcho-punks pas repertorié par le Routard, où l’on croise des zonards, des annonces de concerts undergrounds : « des flyers pour des concerts punks, des punks à chien » et même des slogans situationnistes : « niquons le travail ». Au milieu de ce bordel, un trésor bien caché : « un super disquaire, malheureusement fermé, ce qui ne m’empêche pas de rester deux bonnes heures à observer la vitrine ». De quoi noircir un bloc-notes spécial découvertes australiennes qu’il garde bien précieusement avec lui, et de quoi augurer dans le calme de la tempête qui s’annonce dans la ville suivante : « la ville qui me faisait le plus rêver et fantasmer, dans le sens où tous les groupes que j’écoutais vraiment depuis un bout de temps venaient de là-bas». La Mecque de notre jeune ethnomusicologue parti sans un sou sur les traces de ses héros punks australiens: « Kitchen’s Floor bien sûr, en tête d’une armada de groupes post-punk, mais aussi du garage crado avec Horris, qui sonne comme du Black Lips période « Let It Bloom » ». Cap sur Brisbane, qui se profile au loin telle une fière héritière du New-York période CBGB. (Television-Ramones, Richard Hell, Patti Smith, NDR).

Brisbane : bienvenue en terre (Post)-PUNK

La route entre Sydney et Brisbane est l’occasion pour notre convoi de français de croiser d’autres touristes qui ne sont pas exactement là pour les mêmes raisons: « on passe par Byron Bay où il y a toute une faune néo-hippie, avec pleins de vans à la con […] c’est hyper touristique du coup on est hyper déçus du truc ». Pas venu pour passer ses journées à glander sur la plage entouré d’une armée de chevelus à moitié à poil et complètement drogués, triste illustration des fameux « working holidays », Viktor et sa bande continuent plein gaz vers Brisbane qui se rapproche maintenant dangereusement : « on passe 3 jours à rouler toute la journée, avec des pauses dans des bleds paumés et pas mal de bière ». A peine arrivé en ville, il passe un coup de fil’ à Matt Kennedy, qui semble être le mec qu’il faut connaître sur place pour en prendre bien plein la gueule: « Il a une distrib’ « Eternal Soundchek » avec laquelle il sort tous les trucs australiens, néo-zélandais et américains en garage, post-punk et expérimental, format K7 et vinyles ».

Et surtout le mec qu’il faut appeler quand on est en panique parce qu’on vient de traverser la moitié de la planète et la moitié de l’Australie pour voir des groupes qui jouent le soir même à Brisbane : “Wireheads, Martyr Privates et Thigh Master jouent ce soir et je sais pas où c’est, mec il faut que tu m’aides !”. Banco, le leader de Kitchen’s Floor passe les prendre au Air BNB où ils viennent de se poser, direction la dite soirée : « une espèce d’énorme salle, tu fous 400 pelos dedans, en plein cœur de Brisbane ». Et tel un véritable conte de fée, le rêve se réalise, pour de vrai : « et là je prends ma claque.. Martyr Privates.. Twee pop, mais garage parce que crado, un peu punk.. tous les voyants dans le rouge..».

En plus cette fois-ci, tous les ingrédients sont au rendez-vous : « Matt m’initie à ce qu’ils appellent la « Motherfucker beer », la bière la moins chère ». Ici on ne se refuse rien donc, pas même de faire jouer des handicapés en plein milieu d’une soirée rock, l’occasion pour Viktor de nous sortir LA punchline de l’article pour décrire ce projet complètement hors-norme : «une instru piquée à Mos Def avec un jeune trisomique qui rappe par dessus ». Un trisomique qui remplit la salle avant l’arrivée d’un groupe qu’il attend de pied ferme : Wireheads, solide combo d’Adélaïde à mi-chemin entre BJM et Sleaford Mods : «des types que je rêvais de voir.. Un espèce de nihilisme Australien, des mecs qui tournent que dans des rades tout pourris ». Le conte de fées continue : «Un super medley de tous leurs albums, en fait ils s’en foutent pas mal de la promo ». Et l’occasion pour notre jeune chercheur d’or de taper dans l’échange de bons procédés : « J’ai halluciné ils écoutent Charles de Goal, les Béruriers Noirs ! Du coup je leur ai fait une petite playlist en rentrant en France ». Sans oublier un test de culture punk générale qui fuse d’un bout à l’autre de la planète, où l’on constate que les mecs du coin sont presque aussi curieux que lui : « ils connaissent SDZ !1 Ils rêveraient presque de sortir un album chez eux ! ». Le séjour dans la capitale du punk australien commence sur des chapeaux de roue, comme le résume très bien Viktor, qui a encore des éclairs dans les yeux en y repensant : « 1ère soirée à Brisbane complètement dingue ! ».

 

Un jour j’irai à Brisbane avec toi. Si Byron Bay est un peu le San Francisco local, avec son lot de drogués idéalistes qui récitent depuis déjà trop d’années les mêmes trois accords à la guitare acoustique face au soleil couchant, Brisbane serait plutôt New-York : la mer est là aussi, mais l’expérience est urbaine, froide, plus honnête face à cette vie qui ne se ressemble pas tous les jours à une bluette à la con où tout le monde fait l’amour dans un bain de bonheur, avec du coup à la clé une flopée de groupes de mioches qui préfèrent la violence vénèr du punk-rock à la complaisance gentillette du folk-rock.

Obsédé de punk rock australien, Viktor est aussi un grand amateur de binouze, qui nous refile ses conseils d’expert pour arriver à ses fins: « Il faut trouver le vrai pochtron local, pour qu’il t’indiqueles endroits où la bière est la moins chère». Là encore, l’envie de ne pas rester entre frenchies, encore moins entre touristes occidentaux, mais d’aller à la rencontre de l’australien moyen et de passer des soirées « seultout » avec lui dans des rues dégueulasses, complétement torché, histoire de ressentir l’odeur du pavé local. Une odeur que Viktor, sa meuf et ses potes vont ressentir plus que jamais, hébergés par le baron du punk local Matt Kennedy, des Kitchen’s Floor : «les deux autres jours on les a passé chez Matt, au 166 Latrobe Terrace », une baraque pas vraiment comme les autres : « tous les groupes tordus qu’on écoute sont passés dans son salon, ils ont une grosse culture du concert à la maison ». DIY par essence, le punk-rock peut se jouer partout : «des grosses parties punk chez les mecs» mais attention, on est pas dans American Pie pour autant : « pas comme aux USA avec des fêtes surdimensionnées, c’est des trucs entre potes, avec les potes de potes ». Une culture du bouche à oreille et du DIY qui bat son plein dans La Mecque australienne du punk: «les types troquent à fond, ils ont tous des distros2, les micros-labels poussent comme des champignons.. ». Des micros-labels hyper fans du format K7, facile à échanger et idéal pour le circuit court : «ils adorent ce format là, le format cheap, et d’après ce qu’ils m’ont dit ça a toujours plutôt bien marché ». On est pas dans l’effet de mode donc, la preuve avec cette anecdote sur la collec’ perso de Matt Kennedy : «il a une plus grosse collection K7 que vinyles ! ». Une espèce de légende de Brisbane dixit Viktor, qui fait office de véritable plaque tournante du rock’n’roll à l’australienne, vrai cumulard underground avec une triple casquette de patron de label/distributeur/bookeur DIY, et ça n’est pas tout : «il avait aussi une émission de radio sur 4ZZZ, une radio locale, où il parlait de la scène australienne».

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Viktor et son hôte très spécial : Matt Kennedy de Kitchen’s Floor

Un maillon essentiel de la chaîne punk-rock australienne, hyperactif notoire, et pas forcément facile d’accès : « le mec est plutôt très froid au premier abord, très sombre. Il paraît même assez peu sûr de lui au premier coup d’œil». Le fan’ de cold-punk comme on l’imagine, qui passe pour un zombie au yeux des squares alors que le mec passe ses journées au four, au moulin et même à la caisse pour encaisser la monnaie à la fin. Tout pour la musique, ici tendance post-punk, avec une certaine idée de ce qu’on pourrait appeler l’autre Australie : « complètement différent de la mentalité de masse australienne « je travaille pour me payer une belle baraque, et une belle bagnole à la fin», il représente une sous-culture là-bas c’est clair ». Comparé au bel étalon blond qui marche vers l’océan une planche de surf’ à la main dans toutes les têtes quand on prononce le mot « Australie », on peut en effet commencer à parler de sous-culture.

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Mais où sont passés les surfeurs ?!

Et l’occasion pour notre ami frenchie, enfin, de rendre à César ce qui lui appartient, à savoir un carton de la K7 « Kitchen’s Floor – Adelaide Sessions » sortie avec les tripes par Buddy Records et qui aura donc traversé la moitié de la planète avant d’atterrir entre les mains du principal intéressé, leader du dit-groupe. A n’en pas douter l’un des moments forts de l’épopée : «des morceaux enregistrés à Adelaide en 2010, on lui avait envoyé un mail alors qu’on le connaissait pas il avait simplement répondu « OK » ». Quelques échanges de mails et (surtout) quelques milliers de kilomètres plus loin, nous voici donc à Brisbane pour une livraison pas comme les autres : un paquet cadeau contenant une trentaine de petites boites rectangulaires en provenance des regrettées années 90, livré par le producteur himself qui est aussi responsable d’un artwork qui casse la baraque : « on lui a proposé Julio Iglesias déguisé en vampire, il a dit encore simplement dit “OK” ».

"Je suis complètement fou, comme un gosse pendant une

récréation"

C’est beau, c’est propre : « on fait parce qu’on a envie de faire », c’est romanesque, et c’est surtout l’occasion de boire (enfin) une bonne pinte avec Matt Kennedy, histoire de clore ce superbe chapitre d’histoire de la musique punk moderne en se calquant sur les us et coutume du territoire visité, et accessoirement de ne pas avoir traversé les océans pour rien. Rien de tout ça ne serait arrivé sans le label parisien « Bruit Direct » aka « Guy Mercier, qui est complètement cramé de musique australienne aussi », un homme cramé qui a fait connaître le groupe sur Paris en distribuant leur 2e album « Battle Of Brisbane », un disque réédité dans la foulée par le label de Chicago « Ozak ». Et maintenant Buddy Records donc, qui si il n’est pas le premier label à les sortir est en revanche le seul assez timbré pour proposer le package « sortie + livraison avec les frais de ports inclus », l’adresse d’arrivée de la dite livraison étant située de l’autre côté du globe. Une folie récompensée, Matt Kennedy étant bien décidé à remercier son hôte très spécial en le traînant dans les bas-fonds de la Mecque australienne du post-punk : «le meilleur guide local […] il m’emmène dans une baraque pérave de banlieue à Brisbane ». Mais attention, pérave ne veut pas forcément dire déprave : «on peut picoler à l’intérieur, par contre on fume dehors et on nique pas l’intérieur ». Encore une fois, le rock chez l’habitant, sans autre intermédiaire qu’une modeste sonnette sur laquelle appuyer : « 60 pelos venus écouter du son chez ce mec là. […] je rencontre ce soir là l’épicentre de la scène à Brisbane […] Tout le monde est là ». The place to be, en plein cœur du réacteur punk brisbanien, et nouvelle claque à l’horizon avec les gosses de Piss Pain, qui ne racontent pas exactement la vie rêvée d’un garçon de plage: «un petit groupe de kids qui viennent de Brisbane […] Du post-punk avec un chant hardcore, un truc déstructuré et nihiliste, le gosse raconte sa vie de merde en banlieue ».

 

Sous le charme du groupe qu’il vient de découvrir, Viktor décide de se faire la formule complète: “je rencontre Piss Pain, j’écoute Piss Pain, je vois Piss Pain”. Le rêve éveillé d’un jeune chercheur d’or punk qui vient de trouver une putain de grosse caillasse, tout ça dans un décor bien weird que n’aurait pas renié David Lynch : «une baraque sordide, le propriétaire a un rat blanc albinos sur l’épaule ; un type efféminé avec la coiffure de Sinead O’Connor ». Décor weirdo pour musique weirdo : « Cured Pink, un groupe expérimental derrière : un live incroyable ».

Il fait des rencontres en veux-tu en-voilà, le mec étant littéralement tombé dans la caverne d’Ali baba de la scène post-punk locale : « je rencontre Harry, un mec de 2 mètres qui joue dans Clever, un groupe de grunge […] Les mecs de Sewers, un espèce de truc post-punk très tranchant, pleins de trucs que je connaissais pas.. » Et des mecs qu’il connaît mais qui lui refilent pleins de pépites, tellement les kangourous punks multiplient les groupes entre eux tels des polygames consanguins dans une communauté ancestrale : «tiens c’est mon autre projet, prends le CD et t’écouteras chez toi ». En plein dans le cœur du réacteur qu’il était venu chercher, Viktor est selon ses propres mots « comme un gosse pendant une récréation, je suis complètement fou », un gosse aussi cramé que ses idoles kangourous donc, qui noircit frénétiquement son calepin à découvertes australiennes alors que pleins de choses sont désormais en train de se passer : «pleins de trucs se passent, avec Matt on amène un paquet des K7 que j’ai amenées chez un disquaire local.. on écoute du son toute la journée chez lui au 116 Latrobe Terrace, on traîne les disquaires locaux..». Et tel un feu follet qui s’éteint brusquement après avoir donné toute sa sève d’un coup d’un seul, nous voilà de retour en France : « Brisbane c’est la fin du trip en crescendo ». Enfin la fin..

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Consciemment ou inconsciemment, Viktor ne pensait même pas me parler de cette île sur laquelle il a fini son trip en amoureux. Trop cliché romantique, trop carte postale australienne sous les cocotiers: «Une île sauvage, Frazer Island […] le paradoxe australien tu peux y aller que en 4×4, pas à pied ». Pas non plus de grosse teuf’ sous acide pour fêter la fin du trip : « on a joué aux cartes sur une table de camping, on peut poser les tentes n’importe où […] Une fin en douceur après la claque de Brisbane ». Voilà.. c’est fini : « un chapitre qui se clôture de la meilleure façon qui soit » Un vrai conte de fées avec happy end à la fin à l’américaine : «Bam, le happy end ! T’as récupéré pleins de disques, t’as rencontré pleins de gens, tout est cool. […] c’est des mecs que tu vas faire venir à Paris, tu vas les faire jouer.. ». S’il pense déjà au futur, il reste réaliste : « les mecs s’en branlent, ils veulent juste jouer et créer, être dans l’instant, et du coup ils s’en foutent pas mal de sortir de leur pays au final ». Plusieurs manières d’y arriver pour ces groupes insulaires peu connus chez nous. Les mettre sur une K7 : « Piss Pain, du coup on les a mis sur la compil, une K7 sortie à 50 exemplaires ». Les distribuer : « on va bientôt lancer une distribution avec que des trucs australiens, notamment de chez Paradise Daily». Ou tout simplement les chauffer pour qu’ils traversent la moitié du globe ? Soyons fous.

"je m'en branle de Tame Impala, de toutes ces conneries commerciales"

L’Australie à Paris. Sans transition, retour à Paris où par la grâce des dieux je me retrouve nez à nez avec un des ces kangourous punks, complètement par hasard, bien évidemment. La scène se passe à Château Rouge, un soir de juillet. Une soirée Garage Mu pleine de soufre où jaillit d’un garage en feu du punk électronique sur lequel s’excite un paquet de jeunes gens.. Parmi eux, un homme aux cheveux long dont l’accent trahit une provenance plutôt lointaine: « hey man ! Yes, you know buddy records ? I’m Jackson Briggs ». Le temps pour moi de reprendre mes esprits alors que cette apparition divine arrive de nulle part, et paf’ je lui demande ce qu’il fout si loin de chez lui: « yes, i come from Australia to make a small tour in Paris !». Le mec est tout excité, ça fait plaisir à voir. Il s’est donc fait le déplacement, bien aidé par Viktor qui lui a trouvé quelques petite dates sympas. Mieux, le mec est venu tout seul, sans personne, sans son groupe. Il vient de jouer à l’Espace B avec une formation recomposée France-Australie : Grégoire, le frère de Viktor, à la basse et un certain Patrick à la batterie. L’esprit de famille Buddy Records fait mouche encore une fois, comme on peut le constater sur cette photo-souvenir de l’été dernier.

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Photo de famille France-Wallabies: Jackson Briggs, Grégoire Bayart, Patrick.

Pas venu pour passer ses journées au musée, il s’apprête à enquiller une série de concerts en France, dont 2 à Paris chez Born Bad et au Petit Bain, où je retrouve tout ce petit monde 3 jours plus tard. Je tombe sur Viktor, dont le leitmotiv n’a pas bougé d’un iota depuis notre dernière rencontre: « je m’en branle de Tame Impala, de toutes ces conneries commerciales. Je vais faire connaître des trucs que personne ne connaît ». Des trucs que personne ne connaît comme Jackson Briggs, découvert il y a 6 mois à Melbourne et que je découvre à mon tour, in situ, devant 30 personnes, venus l’écouter sagement en solo. On est sur un bateau, une chanson s’appelle justement On A Boat : « ouais je l’ai écrite à propos d’un bateau où je vais me ressourcer de temps en temps, en Europe de l’Est ». Pas vraiment orientale, en revanche, sa musique est un condensé de punk-rock de 77 à aujourd’hui, qui tient autant de la rage brute de Nirvana que du son New-Yorkais plus chiadé à la Parquet Courts. Une ville qui lui parle beaucoup: « le mec avec qui j’ai fait mon 1er groupe et venu me voir un jour avec un Television et un Modern Lovers et m’a dit « écoutes ça et viens répéter ». Marquee Moon est dans mon panthéon, surtout la chanson cachée Little johnny Jewel».

Tout ça avec une bonne grosse sincérité dans le propos, avec une chanson qui s’appelle tout simplement I Wanna Die : “ahaha ouais, mais ça ne parle pas de moi, c’est un pote, un mec du groupe d’ailleurs, qui dit ça dès que ça va pas”. Il tient d’ailleurs à préciser qu’il « n’a pas une vie de merde » et que tout se passe bien pour lui en Australie: « un boulot normal, cool.. Je ne suis pas du genre à me plaindre de toute façon ». Si certains groupes cités plus haut trouvent dans le punk-rock une catharsis à leur mauvaise vie, ça n’est pas le cas pour Jackson Briggs, qui est plus centré sur la société que sur lui-même : « par contre oui, une critique de la société Australienne, c’est clair ». Et là, les sujets ne manquent pas : « l’histoire scandaleuse des aborigènes, et toute cette société basée uniquement autour du tourisme.. ». La station balnéaire de Byron Bay concentre à elle seule une bonne partie de cette critique du conformisme square australien formulée par notre kangourou punk: « des baraques immenses au bord de la mer, des touristes et des bourgeois ». Au moins, c’est clair.

Aller-retour au pays. A peine le temps de souffler la fin de l’hiver chez lui, Jackson est déjà de retour en France pour voir tomber les premières feuilles mortes. Groupe au complet cette fois, et un nouveau disque « Spit on it & Give it a Name» qui vient de sortir sur Soundcloud. Nous sommes en octobre et j’assiste enfin moi aussi à la prestation électrique de l’enfant de Melbourne, dans un bar minuscule et crade du 10e : La Pointe Lafayette. Les voyants sont effectivement tous dans le rouge, le public dans le noir, avec une nouvelle référence qui apparaît très clairement en live: The Velvet Underground. Le bassiste : « Ah ouais, c’est clair. Il avait un autre groupe avant, très Velvet». En revanche il n’est toujours pas très plage, comme en atteste la chanson I don’t Wanna Live On The Beach, version moderne du Holidays In The Sun de Johnny Rotten et critique de la société australienne actuelle : “ça parle de ces mecs dont le seul but dans la vie est de pouvoir s’acheter une immense baraque sur la plage.. Je m’en branle moi !”

Il a pourtant essayé, comme les autres petits enfants australiens, de devenir un citoyen normal. Mais ça n’a pas marché : « J’ai fait un peu de surf’ étant gosse, mais j’ai vite arrêté ahaha». Plutôt que de perdre sa vie à la gagner comme une bonne partie de ses concitoyens, Jackson préfère la vivre tout court, de préférence à cent à l’heure, en jouant du rock’n’roll le plus fort possible et en buvant un maximum de bières: « mec, je pars demain, viens on va boire des bières ! ». Les adieux se passeront au Pigalle Country Club, avec Mr Briggs en personne derrière les platines, qui enfile les pintes et les morceaux de DEVO, Modern Lovers, Television et autres Wire comme des perles. Étrangement, il ne s’agit que de rockeurs qui, comme lui, détestaient la plage. Comme l’illustre cette photo de Jackson et de ses amis prise dans l’obscurité froide d’une nuit parisienne, sur les pavés de Pigalle. C’est le trottoir où je lui fait un câlin d’Adieu, et une ultime confession : « ça sera un papier sur les australiens qui n’aiment pas la plage ». La réponse de Jackson est sans appel : « ahaha, parfait ! ».

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Jackson Briggs et ses Heaters sur les pavés de Pigalle, sans grains de sable mais avec plein de poudre dans les narines.

1 SDZ Records : label parisien spécialisé dans le rock déviant et la scène australienne.

 

Suppléments à la compréhension du lecteur:

Viktor Bayart

Pion au civil et révérend rock’n’roll dans le privé, notre homme sillonne les bars de Paris quand la nuit tombe armé d’un vieux sac pourri rempli de vinyles pas pourris. Amoureux de garage, de post-punk et et de rock’n’roll crado en tout genre, il monte son label Buddy Records avec son frangin et des potes fin 2015. Avant de partir pour l’Australie avec sa dulcinée l’an dernier, bien décidé à nous ramener quelques pépites.

Buddy Records

4 garçons pas dans le vent pour un clou mais qui font tout ce qu’ils peuvent pour souffler une tempête post-punk sur nos gueules, en l’occurrence à Paris : « des trucs obscurs, crados, qu’ils viennent de l’autre bout de la planète ou d’à côté de chez toi on s’en fout » Dans la lignée de Burger Records, les gars ne sortent que des K7 et sont obsédés par le format compil’ : «un super format (la compil) et le meilleur support quand t’as pas de tune (la K7)». Maison de fous et label familial drogué au rock’n’roll malsain, Buddy Records passe régulièrement dans les bars et petits rades dégueulasses de Paname pour nous donner notre dose de violence musicale, à base de dj-sets poisseux et de soirées concerts tendues comme des strings : « notre marque de fabrique, des groupes qui n’ont jamais joué à Paris, comme les Cool Ghouls » Et « Buddy » c’est pour quoi ? “c’est le nom de mon chien, un animal très gentil. Un soir que j’étais très triste, et ben il a passé toute la soirée avec moi.”. Un chien qui est même devenu le logo/mascotte du label (Cf photo). Comme quoi on peut être fan’ de musique crado’ et avoir un cœur gros comme ça. Souvent, ça va même ensemble.

 

One thought on “L’Australie froide : sous la plage, les pavés

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