Dead Ghosts ALL NIGHT LONG

Il y a quelque temps, je me suis retrouvé sans raison à passer une bonne partie de la nuit avec Dead Ghosts. Une soirée blanche qui a commencé dans les loges du Point Ephémère et s’est terminée dans un studio minable du sud-est parisien. It’s only wok’n’woll but I like it.

Starring:

Bryan Nicol (guitare, chant) Drew Wilkinson (guitare lead)

Mike Wilkinson (batterie) and Maurizio “Moe” Chiumento (basse)

DG1

La fin du jour. Après avoir fait parler les gars durant 10 bonnes minutes dans les bureaux du Point Ephémère et après avoir mis ces mêmes gars en danger en leur apprenant à la dernière minute qu’ils allaient devoir me jouer deux de leurs chansons en acoustique, en occurrence avec ma guitare folk et avec celle d’une amie de la chargée de production ; session légendaire qui a été enregistrée avec le micro de fortune de mon walkman de 1999 ; me voici de retour au bord du canal au beau milieu d’une foule de jeunes gens en blousons jeans et perfecto des familles. La raison de ce retour de bâton années 60 en plein Paris et en plein 21e siècle? Les gars en question ne sont autre que les garageux canadiens Dead Ghosts, tout jeunes trentenaires bien connus dans le milieu depuis leur 2e et très bon “Can’t Get No” sorti chez Burger Records en 2013. Et si la partie formelle est terminée, le meilleur reste à venir. Mais ça, je ne le sais pas encore.

 

Je me retrouve une fois de plus au bon endroit au bon moment”

 

Je zone 5 bonnes minutes dans le carré VIP avant de m’incruster dans les loges du Point Ephémère. A savoir un placard à balais convivial où sont entassés une quinzaine de jeunes gens tout contents de vivre grandeur nature le wok’n’woll way of life transmis par leurs parents. Parmi eux les groupes bien sûrs, les potes, les potes de potes, les groupies et donc moi, petit journaliste en lunettes noires qui se retrouve une fois de plus au bon endroit au bon moment: “tu veux une bière? Sers-toi!”. Après avoir décapsulé ma cannette de kro, me voilà qui m’engage dans ce fameux couloir de tous les dangers entre les loges et la scène, cet espace de transition où l’artiste passe de l’anonymat à la célébrité en une fraction de seconde, pour y retomber une heure plus tard. Et alors que Os Noctambulos jouit de son quart d’heure de célébrité sur scène, Dead Ghosts est encore dans l’ombre, en observation: “je ne connais pas ce groupe”, m’avoue le frontman Bryan Nicol avec honnêteté. Un groupe que l’on écoute par derrière dans une perspective de concert inversé. En lieu et place des visages on voit des fesses, et on entend la musique comme l’entend le groupe sur scène, avec les retours en pleine gueule. Sans vous mentir, on s’y croirait.

ROKY SAID : https://www.youtube.com/watch?v=ttkoA6i7UO8

Ni une ni deux, je suis de retour dans les loges où la forte densité de gorges à rassasier commence à poser problème: “on a plus de bières, il faut aller en chercher”. Que serait le monde du rock’n’roll sans ses problèmes de réassort en alcool? Je croise au passage un connard d’arriviste qui veut a-b-s-o-l-u-m-e-n-t parler à Laurent Chamberlain* qui exerce une certaine responsabilité dans cette salle. L’exemple type du mec qui n’est pas là pour les bonnes raisons, prêt à tout pour réussir dans l’industrie du rock “parce que c’est trop cool tu vois”. Le même mec qui va faire chier tout le monde une demi-heure plus tard en faisant 5 slams de suite tout en renversant des bières sur tout le monde, dans une tentative desespérée de voler la vedette à la rock-star qu’il rêverait d’être. Pas de bol’, les filles du premier rang apprécient moyennement, elles sont même à deux doigts de lui casser la gueule: “je vais le remettre à sa place, ce petit merdeux”. Pendant ce temps, Bryan et Drew s’activent en coulisse: “putain mais il est passé où Mike, va le chercher on joue dans 15 minutes!”. Je décide de me barrer du backstage pour les laisser se préparer pénards. Retour dans l’arène publique avec tout le monde. Aussi simples et directs qu’ils le paraissaient dans l’interview, les canadiens font exactement ce qu’on leur demande, à avoir du rock’n’roll sur 4 temps avec ce qu’il faut d’insouciance juvénile et de cohésion de groupe. Une bande de potes qui se défonce ensemble durant 1h pour oublier les jobs de merde qui les attendent à leur retour à Vancouver.

DG2

(c) Raw Journey

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, même les meilleures, nous voilà de retour dans les loges. Pendant que les gars redescendent lentement sur la terre ferme, je tape la discute avec une skinhead aux cheveux longs. Fan’ de punk rock et de northern soul, elle fait partie de la mouvance apolitique et ne mettrait les pieds à Ménilmontant pour rien au monde: “c’est le repère des skin’ d’extrême gauche, je ne vais pas là-bas”. Son quartier à elle, c’est Bastille, la mécanique ondulatoire et les bars garage du sud-est parisien. Où je me rends compte que les bonnes vieilles guerres de quartiers entre bandes apparues dans les années 60 avec l’éclosion des contre-cultures jeunes n’ont pas pris une ride. Après un court débat sur la marche à suivre, on prend justement la décision de continuer la soirée dans ce coin de Paris.

Bryan : “je ne suis pas un bon chanteur”

Le début de la nuit. Quand le soleil se couche, les jeunes mods sortent de terre pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit. C’est exactement ce qu’on s’apprête à faire avec les rock’n’rollers canadiens tout frétillants à l’idée de prendre d’assaut la nuit parisienne: ‘bon on y va comment?”. En métro mon gars, comme tout bon parisien sans argent qui se respecte. Un lieu de transition qui est souvent le théâtre de révélations prophétiques. Comme l’origine du nom Gone With the Weed, la petite boite indé qui a booké Dead Ghosts: “c’est simple, tu prends le nom du film Gone With Te Wind et tu mets “Weed” à la place”, m’explique le chef de bande avant de me balancer une anecdote sur King Khan: “il nous avait saoulé pour le montant de son cachet et parce qu’il voulait un hôtel plus confortable, alors que le mec savait très bien qu’on avait des petits moyens.. On bosse que avec des groupes qui comprennent notre fonctionnement DIY”. Une bande de potes qui fait ça pour le plaisir à côté de son boulot normal et qui bosse avec des groupes qui font pareil: “on fait aucun bénéfices avec ça, déjà si on réussit à pas en perdre en payant tout le monde c’est cool’. Pour lui comme pour des milliers de jeunes âmes égarées, la musique restera (malheureusement) toujours un loisir. Et ça n’est pas moi, petit journaliste musical mal payé, qui vais vous dire le contraire. Une double vie que tout ce petit monde mène par amour. Le jour ils sont informaticiens, barmans ou vendeurs de hot-dogs ; la nuit ils vivent par et pour le rock’n’roll. En parlant de rock, stop à Breguet-Sabin: “ouais tout le monde s’arrête à Bastille mais le chemin le plus court pour aller à La Méca c’est par là”.

WHEN IT COMES TO YOU : https://www.youtube.com/watch?v=p68Kas_sCUY

Le milieu de la nuit. La Mécanique Ondulatoire est loin de faire l’unanimité dans le petit milieu du rock parisien. Si certains critiquent le prix des bières, beaucoup se plaignent du son de la cave et même, si j’en crois certains, du fait que certains groupes ne seraient pas ou peu payés. Mais comme je ne suis pas là pour donner des leçons de morale, restons concentrés sur l’essentiel: “we wanna drink beers man, that’s all we want”. Et il faut dire que les canapés de l’endroit ne sont vraiment pas dégeus. Alors que tout ce petit monde se rince à l’intérieur, je vais fumer une clope avec le lead guitariste Drew Wilkinson dehors. Rien de mieux qu’un duel en face à face pour aborder les sujets qui fâchent: “tu sais j’ai une famille à côté, des enfants, un boulot, une maison”. Et oui Scoop! Dead Ghosts a une vie à côté du rock. Une vie normale, bien rangée et confortable. Et pour remplir le frigo quand il rentre de tournée, notre ami Drew ne bosse pas dans un centre d’aide pour les immigrés: “je bosse dans une banque, j’espère même avoir une promotion bientôt”. Et alors que la trentaine sonne le glas des illusions perdues de la jeunesse, il est temps de se mettre une bonne race. Une dernière: “Bon on va où maintenant?!”. Après avoir failli ramener Bryan et Maurizio “Moe” Chiumento chez moi pour un after en bonne et due forme: “ce mec a raison, écoutez-le, on va tous chez lui faire la fête”, on se replie vers l’appartement de Mr Gone With The Weed, faute de mieux. A une seule condition: “on va chercher des bières avant et on picole dans la rue”.

DG3

Jusqu’au bout de la nuit? Après avoir tapé la discute avec Drew le gratteux, me voilà en compagnie de Bryan, le chanteur. Enfin chanteur, ça se discute: “tu sais je ne suis pas un bon chanteur”. Mes compliments n’y font rien, l’humble Bryan persiste à dire qu’il ne sait pas chanter. D’un vocaliste à un autre, il me raconte sa rencontre avec Mac De Marco, qui vient du même bled de Vancouver et avec qui il a partagé la scène plusieurs fois: “il ne se souvenait même plus de moi, il avait l’air dans son monde en fait.” Alors à l’ouest le Mac? Pas tout à fait : “ouais il donne parfois cette impression mais en fait il sait très bien ce qu’il fait.. La preuve il cartonne..”. Une bonne petite marche sous alcool, les gars sont logiquement d’humeur à la confession, et c’est maintenant au tour de Maurizio le bassiste de me raconter sa vie: “Les suédoises mec.. J’ai rencontré cette fille quand on jouait à Stockholm et depuis on est encore ensemble”. Comme quoi il y a parfois une vie après les coups d’un soir avec les groupies: “On habite à Berlin, c’est pas facile avec la distance mais on se débrouille comme on peut”. Pendant qu’il me montre la photo d’une belle blonde effectivement aussi bonne que ta mère, Bryan et Bas le manager ont la chic idée de pisser leurs bières contre un lampadaire. Les gars en profitent, parce qu’on ne peut pas exactement faire ça de l’autre côté de l’atlantique. La lumière faiblarde du luminaire éclaire notre périple nocturne à la recherche de l’after tant convoité.

Bryan gonfle un matelas de camping”

Après une bonne petite traversée du sud-est parisien, nous voilà enfin arrivés à destination. Je ne sais absolument pas où on est mais on y est. Quelques marches d’escaliers plus loin, notre bande de rockers affamés d’alcool s’entasse dans un studio de 15m². Et pendant que certains discutent tranquillement une bière à la main, Bryan s’affaire à une toute autre tâche. Non vous ne rêvez pas : il est précisément en train de gonfler un matelas de camping à côté du lit du tourneur sur les 5m² disponibles à cet effet dans le studio. Ou comment un groupe et son tourneur s’apprêtent à dormir tous ensemble dans un placard à balais. Mais c’est pas encore l’heure de dormir, enfin je crois pas: “et Bryan on va faire un tour dehors, tranquille?”. Si il était ultra-chaud 30 minutes avant, la fatigue de la tournée et des concerts qui s’enchaînent l’a visiblement rattrapé: “non mec, je pense qu’on va rester ici en fait.” Non sans cacher une certaine déception, je m’incline face à une décision qui paraît sans appel.

Bonne nuit les petits. Il est 4h du mat’ et les fantômes sont vraiment morts: “ok mec c’était cool”, remercie le chanteur avant de s’écrouler dans son pieu gonflable, bras dessus-bras dessous avec une parisienne qui a été l’heureuse élue ce soir pour passer une nuit entière avec la rock-star. Et bizzarement, il n’y a pas de place pour moi dans ce lit. J’ai été jusqu’au bout de la nuit avec Dead Ghosts. Enfin presque.

Dead Ghosts // Love and Death and All The Rest // Burger Records (2015)

*les prénoms ont été modifiés

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