First Aid Kit : Nouvelles reines de la Country-Folk (2014, blog)

Dans les années 60/70 la folk et la country c’était June Carter, Joan Baez, Judy Collins et Emmylou Harris. 4 grandes dames qui remplissaient les salles et résumaient parfaitement l’atmosphère d’une époque. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts et la folk de tomber en désuétude. Avant que de jeunes âmes ne décident de redonner ses lettres de noblesse à ce genre musical à l’aube du nouveau millénaire. Mumford & Sons et Fleet Foxes en tête, qui remplissent à nouveau les stades avec de simples grattes acoustiques. Ce cercle très fermé des folk-stars compte une nouvelle recrue : First Aid Kit. “Queen of the Nothing” ? Les reines de la folk ouais.

 “la France Black-Blanc-Beur s’est rassemblée pour écouter de la country-folk”

21h. Le temps des conneries. J’arrive pile à l’heure au Cabaret Sauvage, salle partiellement en bois bien dans son jus que je découvre pour la première fois. Et c’est une très bonne surprise. Après avoir fait grincé le vieux parquet du hall, j’atterris sur une grande terrasse en pierre pavée, attiré par des odeurs de bouffe. C’est vrai qu’il fait beau et chaud, et qu’on a tous envie d’un bon hot-dog. Et bien non: “Désolé mec, on vient juste vendre le dernier”. De toute façon, je suis végé. Je repère ensuite une meuf’ de Steeling Sheep, duo féminin anglais de folk-psyché, pour la faire courte :”j’ai adoré ton Dj-set bien planant au point éphémère, hâte de voir le live”. Elle opine du chef: “Merci ! A tout à l’heure!”. Deux petites marches à gravir et me voilà dans la grande pièce circulaire du Cabaret, toute de bois vêtue, surmontée d’un grand chapiteau et bordée de tablées façon far-west. Un grand saloon quoi. Impatient de voir cette première partie de choix. Une autre fois peut-être : “elles viennent juste de terminer!”, me glisse une voix féminine. Quel con, la musicienne avait pourtant l’air honnête. J’ai encore du raconter des conneries..

21h15. Le triomphe des sœurs Soderbergh. Je suis sous le choc de voir à quel point First Aid Kit déplace les foules. Le grand saloon du Cabaret Sauvage est rempli comme un oeuf! J’ai du raté un épisode. Y’a 3 ans je les voyais jouer devant 20 personnes au Point-Éphémère. Elles défendaient alors un 2e album splendide, “Lion’s Roar”, qui ne rencontrait qu’un succès confidentiel. Un objet culte qu’on se passe entre initiés fans de folk rétro. Mais là.. Il y a bien sûr les jeunes branchés et les mecs sapés en cowboys comme au début, mais pas que : je vois des familles, des vieux, des blacks, des asiatiques.. Pour la faire courte, la France Black-Blanc-Beur s’est rassemblée pour écouter de la country-folk. Le dernier et 3e album Stay Gold, qui lorgne dangereusement vers la pop, est manifestement passé par là. Des cabanes perdues au beau milieu de la forêt scandinave, elles sont passées dans une nouvelle dimension : des folk-stars. Et je dois dire que le grand saloon qu’est le Cabaret Sauvage, avec ses poutres en bois et son chapiteau en velours, est l’écrin parfait pour célébrer le triomphe de cette country-folk toute douce.

Il est 21h est c’est bien les soeurs Soderbergh qui débarquent sur scène, attifées comme des nymphes grecques au moyen de longues tuniques d’une blancheur à faire pâlir d’envie Monsieur Propre. Et d’entamer pied au plancher (c’est le cas de le dire) une performance de haute volée qui va durer une grosse heure et demi.

“c’est une des premières chansons qu’on a écrites, dans notre chambre, à 15 ans”

21h30. Wanna running away ? Le premier morceau qu’elles envoient est Lion’s Roar, sublime ballade vibrante qui nous vient du 2e album éponyme, interprété à la perfection. Leurs voix cristallines sont toujours d’une beauté renversante. Avant d’introduire la suivante: “this is a song about becoming someone else, and running away!”. A croire que Klara veut déjà se barrer de la scène. Sa sœur fait ensuite étalage de son aisance langagière: “Bonjour, comment ça va? Je m’appelle Johanna“, et de pousser le curseur un peu plus loin que les sempiternels basics: “je suis contente d’être avec vous ce soir. Nous allons maintenant vous jouer Stay Gold”. Et d’interpréter le tube du dernier album éponyme suivi de très près par Master Pretender : deux morceaux qui reflètent très bien le tournant pop pris avec ce disque. Une alt-country pas non plus “commerciale” mais bien plus accessible, chantée par deux femmes qui sont devenues de vraies pros, et imposent désormais leur corps et leur timbre sur scène avec une vraie confiance.

Et la jolie blonde Johanna de balancer nerveusement son buste d’avant en arrière, derrière un vieil orgue analogique (CF tof’). Avant de revenir à l’esprit plus artisanal du 2e album avec Blue, autre ballade vibrante sur laquelle l’aînée fait des miracles avec son antique gratte en bois qui accompagne les harmonies vocales du duo, prouesse vocale et marque de fabrique. On aura même droit au 1er LP, avec Our Own Pretty Ways : “c’est une des premières chansons qu’on a écrites, dans notre chambre, quand on avait entre 13 et 15 ans”. Le bon vieux temps comme on dit, dans les 70’s..”. Le public pouffe avant de se prendre de la country à l’ancienne en pleine tronche : les sexagénaires en santiags et stetsons exultent. Pas pour longtemps, puisqu’elle enchaînent avec le calibré 3e album et Shattered & Hollow, dont les paroles nous rappellent que Klara Soderbergh n’a qu’une envie, se barrer : “Wanna get Out Of Here”. Un élément de réponse psychanalytique à ces pulsions de départ incontrôlées ? Le “putain de succès” et ce qui va avec : surmenage, perte de repères, boisson.. Alors que Johanna qui était déjà bonne est encore plus bonne (que ta mère), Klara a troqué sa jolie petite bouille pour un visage bouffi et émacié. Comme il est bien évidemment impossible de se barrer maintenant, il va falloir trouver autre chose..

22h. Au coin du feu. Encore mieux que la cure thermale de remise en forme à l’île de ré, l’ambiance “soirée au coin du feu”. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les deux sœurs obtiennent un silence religieux et interprètent, guitare/voix sans aucune amplification, Ghost Town: “pourquoi utiliser un micro?”, rugissent-elles. L’émotion est palpable dans la salle, face à cette approche antique de la musique live. Tonnerre d’applaudissements face à cette (belle) prise de risque esthétique. Sans transition, elles rebranchent les instrus et rendent hommage à une grande dame de la country en reprenant le cultissime Jolene de Mrs Dolly Parton : une figure imposée à laquelle elles ne peuvent pas échapper, qui s’appelle “le respect des anciens”. Un air de country-rock bienvenue et, comme d’hab’, impeccablement troussé par Klara et Johanna.

“on a fait un live avec Paul Simon. Un homme d’une grande rigueur. Il est sympa mais tout petit!”

Qui comme vous vous en doutez ne sont pas toutes seules sur scène. Il y a un batteur et un joueur de pedal-steel/mandoline au combien important pour le grain racé et country. Que les 2 sœurs remercient comme il se doit, en français et avec beaucoup d’amour. C’est même l’anniversaire du mandolinien, qui a droit à sa petite heure de gloire: “joyeux anniversaire, joyeux anniversaire…” chante le public tel un seul convive. Reconcentration immédiate pour Klara et Johanna qui se rappellent qu’on a payé un billet, et d’interpréter Heavens Knows du dernier album et Wolf du 2e « Lion’s Roar ». Avant de conclure par un instrumental stoner-country endiablé, qui voir le batteur taper un solo interminable de derrière les fagots. On sent que les meufs aiment le côté brut et romantique de la country. Tombé de rideau.

22h30. Pas un rappel de PD. Les gens en veulent encore et le font savoir, en tapant vigoureusement le plancher du pied durant 5 minutes. Avec une bonne partie munie de santiags à talonnettes, ça fait un boucan pas possible. Auquel First Aid Kit met fin en revenant rapidement sur les planches. Et cette fois, ça sera pas un rappel de PD: “on va vous jouer une chanson de Simon & Garfunkel”, qu’elles introduisent en racontant une histoire marrante: “on a fait un live avec Paul Simon il y a 3 ans, on était très tendues.. C’est un homme d’une grande rigueur. Il est sympa mais tout petit! Un homme adorable”. Et ce sera.. America, tube folk culte qui résume à lui seul l’esprit de toute une époque, celle des 70’s. Après ce très bel hommage à ces grands mélodistes, les soeurs Soderbergh finissent de nous convaincre de leur génie avec deux sommets de leur répertoire, King Of The World et Emmylou, une chanson hommage aux grands de la country sublime, où une pedal-steel romantique vibre au beau milieu d’harmonies de compétition portées par les voix pures et cristallines de Klara et Johanna. Le passage de témoin s’est passé sans encombre. “Queen Of The Nothing”, chante-elle sur King Of The World. Les nouvelles reines de la Folk ouais!

23h. Une parenthèse enchantée. Alors que les gens se pointent massivement vers la sortie, je croise un ami pigiste de R&F. Pas étonnant de le voir traîner par ici ce soir. Sur le quai du métro, un homme manifestement au bout du rouleau vomit tout son mal-être. Eric* me confie alors une anecdote amusante (ou pas) : “c’est marrant mais avant de venir j’ai vu deux gars s’envoyer des tatanes dans la gueule. Et là le mec qui gerbe devant nous.. Le concert de First Aid Kit c’était la Parenthèse Enchantée en fait!”.

*les prénoms ont été modifiés.

First Aid Kit // “Stay Gold” // Sony Music Entertainment // 2014

https://www.thisisfirstaidkit.com/

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