Un vieil article

J’étais jeune, pleins d’espoirs sur pleins de choses et je signais “Bobb’y”. Tout en mesurant le chemin parcouru et la bouteille pris dans la gueule dans tous les sens du terme, je vous laisse constater par vous-mêmes mes débuts foireux dans le monde de l’écriture.

 

Soirée improbable au Zinc

Vendredi soir, aux alentours de 9h. Je n’envisage rien de particulier pour la soirée sinon de boire des mots tranquillement chez moi. Comme d’autres soirs j’opte pour la solitude, l’emmerdement minimum, la lecture et le silence. Il faut croire que certains ne l’entendaient pas de cette oreille. Vers 9h15 je reçois un appel d’un pote qui me propose de venir prendre un pot à Grands Boulevards où des amis à lui se produisent. J’hésite un temps avant d’accepter sa proposition, d’enfiler mon caban, et de m’engager dans le Paris pré-nocturne direction le 4e arrondissement. Arrivé au bar “le Zinc” il me présente ses potes musiciens, on fume un peu, on boit un peu aussi, bref une soirée classique. Le bar “le Zinc” est un petit bar de quartier, minuscule mais bondé, convivial, agité, un petit coin très sympa. Ses potes musiciens, une gratteuse/chanteuse super mignonne et un pianiste/chanteur à ses heures disposant d’un bon swing, jouent dans un petit coin du bar. Ils font du blues-rock aux teintes années 60/70 et reprennent un bon nombre de titres des Rolling Stones de manière infidèle mais talentueuse. Un son très agréable à l’écoute, énergique et qui invite tout le monde à danser. Les deux musiciens peuvent se lâcher, ils sont dans un petit bar, jouent sans aucune pression.

Alors que je suis sur le trottoir en train de prendre un peu l’air, mon pote me glisse à l’oreille que Louis Bertignac pourrait venir jouer ce soir au Zinc. Je ne le crois qu’à moitié pensant qu’il s’agit d’une énième rumeur balancée par notre ami Luc (Ferry). A ma grande surprise, l’information se confirme assez rapidement au moment où je vois débouler un homme d’une cinquantaine d’années aux cheveux mi-longs blancs arborant un grand sourire. C’est lui! Il rentre dans le bar dans une certaine indifférence alors que je reste dehors à discuter. Je ne sais pas si il va jouer, mais s’il joue ce serait totalement impromptu et rock’n’roll puisque c’est un petit bar comme il y en a 10000 à Paris et qu’aucun concert de Bertignac n’est prévu ce soir là. Il vient parce qu’il doit connaître les musiciens et certains individus présents ce soir. Et moi qui me retrouve là complètement par hasard! 10-15 minutes après son arrivée discrète j’entends du dehors les premiers notes d’Honky-Tonk Women des Rolling Stones! Je rentre immédiatement dans le bar et vois Bertignac à la gratte acoustique en train de jouer ce titre d’anthologie. Je me mets aussitôt à gesticuler amoureusement et braille le refrain “honky tonk, honky tonk, WOMEN!!” de manière approximative.

C’était donc vrai. C’est d’autant plus cool de le voir dans ce contexte plutôt que d’assister à un concert officiel, perdu dans la foule. Le succès ne lui est jamais monté à la tête, il reste un type simple. S’il vient jouer ce soir dans un petit bar de 22m² devant 50 personnes entassées les unes sur les autres c’est sans nul doute pour l’amour de la musique et du partage. Durant sa performance, qui dure une bonne trentaine de minutes, le bar vire au joyeux bordel. Les gens dansent, crient, s’égosillent, s’agitent, c’est la folie furieuse. Pour ma part j’ai réussi au prix de quelques bousculades à me caler juste devant Bertignac, au niveau des 2 seuls m² disponibles pour rester debout. Coincé entre les musiciens (le pianiste du groupe de blues-rock qui connaît Bertignac est resté pour jouer avec lui, on le comprend) et une table, je parviens malgré tout à danser, épris que je suis par les rythmiques rock de Bertignac, le Boogie-woogie énergique du piano et les sonorités Stoniennes.

Le contact avec le public, dans ce lieu bon enfant, est évidemment total. L’ex guitariste de Téléphone se fond dans la masse et fait vibrer son monde de part son envie et sa générosité. Il donne tout ce qu’il a, il s’amuse, il profite lui aussi de cette ambiance joyeuse et délirante. Cerise sur le gâteau pour moi qui suis déjà comblé de le voir jouer gratos à deux centimètres de ma pomme, il joue mes titres préférés des Stones (qui sont à mon avis parmi les meilleurs) : le jouissif Honky tonk women qui sent bon le Keith au début, la poignante ballade Wild Horses, le tube rythmé et hypnotique “sympathy for the devil” avec les coeurs des “spectateurs” et enfin un autre classique, “you can’t always get what you want”. C’est en réelle harmonie avec un public motivé et fan des Stones que se déroule sa performance. Il finit sur deux titres anecdotiques des Beatles qui lui ressemblent beaucoup moins. Les 30 minutes précédentes consacrées aux Stones étaient bien plus intenses et riches en agitation. A la fin de sa courte prestation, vers minuit, il reste au bar et se joint à la clientèle du Zinc, comme Mr tout le monde. Durant une bonne heure, on reste causer avec Louis Bertignac en toute simplicité. Un homme authentique et très abordable.

Une incroyable soirée, des évènements inattendus, un concert improbable et tellement agréable. Il n’y a que Paris pour vous réserver de telles surprises! (Big up à Hugo pour son invitation de dernière minute sans laquelle tout ceci ne serait jamais arrivé. Profitez en pour aller jeter un œil sur son blog, consacré entre autre à sa passion pour la photographie : http://l-m-h-n.blogspot.com/)

Bobb’y

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